Portrait de chercheuse : Mélanie Bertin, spécialiste de santé des femmes et santé au travail
À l’occasion de la campagne nationale Octobre rose dédiée à la prévention et au dépistage précoce du cancer du sein, nous sommes allés à la rencontre de Mélanie Bertin, enseignante-chercheuse en épidémiologie et biostatistiques au département Metis de l’EHESP et rattachée à l’équipe Elixir de l’Unité Mixte de Recherche Irset. Au travers de ses recherches sur la santé des femmes, elle travaille notamment sur le retour et le maintien au travail des femmes qui ont été atteintes d’un cancer du sein.

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ?
M.B. J’ai une formation d’ingénieur agroalimentaire à l’Institut Agro Rennes-Angers, où je me suis spécialisée en statistiques appliquées. J’ai toujours été intéressée par la biologie et les liens entre alimentation et santé, c’est ce qui m’a naturellement amené à m’orienter vers l’épidémiologie nutritionnelle, à l’occasion d’abord d’un stage de 6 mois à Griffith University (Brisbane, Australie) puis de mon stage de fin d’étude, que j’ai réalisé à l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), devenue ANSES ensuite. J’y suis finalement restée près de trois ans, en travaillant notamment sur l’étude individuelle nationale des consommations alimentaires (INCA), ainsi que sur la production d’avis scientifiques de l’Agence. J’ai ensuite rejoint le GISCOP93, où j’ai travaillé sur les cancers d’origine professionnelle. Ces expériences m’ont donné envie de poursuivre dans le domaine de la santé publique et de l’épidémiologie plus particulièrement. J’ai ainsi obtenu un financement du Réseau doctoral en santé publique pour réaliser une thèse en épidémiologie environnementale à l’Irset, consacrée à l’impact des inégalités sociales et de la pollution atmosphérique sur les issues de grossesse. J’ai poursuivi par un post-doctorat, en épidémiologie professionnelle, centré sur les expositions liées à l’activité professionnelle et leurs effets sur la santé.
Je suis arrivée à l’EHESP il y a 7 ans en tant qu’enseignante-chercheuse en épidémiologie et biostatistiques au sein du département Metis et j’ai récemment pris en charge la coordination des parcours en épidémiologie du Master of Public Health et du programme Europublhealth.
Quel est le sujet de vos recherches ?
M.B. Je travaille sur la santé des femmes et la santé au travail, notamment sous l’angle des inégalités sociales dans le cadre de plusieurs projets de recherche. Je suis responsable d’un axe consacré à l’impact des parcours de soins sur le retour au travail et le maintien en emploi des patientes atteintes d’un cancer du sein, dans le cadre d’un programme intégré au SIRIC ILIAD. Je coordonne également l’axe 2 du programme de recherche « Emploi des personnes handicapées dans la fonction publique » (2025-2028), qui porte sur l’impact des événements de santé, du handicap et des conditions de travail sur les trajectoires professionnelles des soignants du secteur hospitalier.
Pouvez-vous nous parler de vos recherches autour du cancer du sein ?
M.B. Dans le cadre du projet de recherche autour de l’impact du cancer du sein et ses traitements sur le retour au travail, nous avons croisé trois grandes sources de données, qui permettent de faire le lien entre différentes dimensions du parcours de santé et du parcours professionnel des personnes, notamment des femmes atteintes d’un cancer du sein :
- les données de la cohorte Constances, qui inclut environ 220 000 adultes représentatifs de la population française et fournit des informations socio-démographiques, médicales, sur l’origine géographique et les expositions professionnelles ;
- les données du Système National des Données de Santé (SNDS), qui permettent de compléter ces informations avec les données relatives aux pathologies, aux arrêts de travail, aux parcours de soins et aux traitements prescrits ;
- les données de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV), qui permettent de reconstituer les parcours professionnels, en identifiant notamment les périodes d’activité, les arrêts maladie, les périodes de formation et les différentes transitions au cours de la carrière.
En croisant ces données, je reconstruis le parcours de soins des femmes atteintes de cancer pour le mettre au regard de leur trajectoire professionnelle : sont-elles maintenues en emploi ? Sont-elles arrêtées et dans quelles conditions retournent-elles au travail ? Je cherche à comprendre quel parcours de soin favorise un maintien ou un retour en emploi, mais aussi à voir s’il existe des inégalités dans leur prise en charge avant et après leur diagnostic, et leur reprise professionnelle.
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